Avertissement
Les textes de cette partie structures sont issus d'une thèse de doctorat en linguistique/sciences du langage soutenue à l'université de Nice, qui a concrétisé une recherche dans le domaine sémantique. Ce travail n'a pas été publié, et n'a donc fait l'objet d'aucune évaluation par les pairs d'une communauté qui eût pu en estimer la consistance scientifique. Il revient à chaque lecteur de s'en faire une idée.
Structures opératoires sous-jacentes
au langage et à la cognition (1998)
Introduction générale
Le dialogue homme-machine (DHM) est aujourd’hui un élément central du vaste ensemble des études portant sur le langage. Si les linguistes ont en effet su, avant son émergence, construire tout un ensemble d’analyses du langage naturel à partir d’angles nombreux et variés, la linguistique traditionnelle s’est surtout quantitativement consacrée à l’étude du langage dans son aspect immédiatement formel, en traitant d’abord ce qui a trait au signifiant, au phonème, au lexique, etc., à tout ce qui est immédiatement visible et organisable, bref à ce qui relève directement de l’aspect matériel du langage humain. Non que les linguistes aient ignoré l’existence du signifié, mais il faut bien reconnaître que les objets immatériels qui le composent, scellés et celés dans la matière que constituent les séquences de parole et d’écriture, comme les concepts par exemple, ont davantage fait l’objet d’études de la part de sciences voisines, telles la philosophie et la sémiotique, pour lesquelles la résolution des problèmes liés à la connaissance de l’esprit humain exigeait un détour par l’examen de cet aspect du langage. Le DHM n’interdit pas de continuer à succomber aux charmes de l’harmonie vocalique, mais il contraint aujourd’hui l’analyste du langage à s’intéresser de plus près au signifié, les travaux des philosophes étant pour lui peu exploitables.
Le dialogue homme machine apparaît comme un acteur emblématique. Il est en quelque sorte la matérialisation de toute une série d’appels latents. Appels muets mais clairs du monde de l’informatique lui-même et de l’industrie qui en dépend : l’installation de l’ordinateur dans la voiture requiert évidemment à terme le dialogue verbal avec les logiciels de pilotage de la machine ; plus généralement, l’accès à l’outil qu’est l’ordinateur, qui exige aujourd’hui une dépense en temps de prise en main non négligeable avant qu’on acquière sa maîtrise et celle de ses logiciels, implique lui aussi dans un futur proche le dialogue avec la machine : les interfaces graphiques intuitives de type « Windows » ne peuvent, sous peine de lourdeur rédhibitoire, développer des assistants à l’infini ; les concepteurs de cd-rom sont à la recherche d’une interface de navigation normalisée : quelle est la plus naturelle sinon le langage ? Et l’apprentissage du logiciel lui-même n’est-il pas du temps perdu - comme celui, pas si lointain, où l’on cheminait infiniment dans les directories - du moins lorsque le dialogue permettrait d’obtenir rapidement l’exécution d’un traitement complexe à performance au moins égale à celle résultant de la mise en oeuvre des boutons par la souris, qui est le fruit d’une laborieuse assimilation ? Ce n’est pas être visionnaire que d’effectuer ce constat. Appel implicite des linguistes eux-mêmes. Les performances encore limitées de la traduction automatique, quels que soient les trésors d’ingéniosité développés par les linguistes, ne résultent-elles pas de l’insuffisance du jeu d’outils mis en oeuvre, parce que pendant longtemps on a remis à plus tard l’exploration de l’univers sémantique ?
Ce cadre favorable à l’évolution du dialogue homme-machine se heurte depuis la période de maturation de celui-ci à un problème fondamental : la nécessité de traiter le sens. Or comme l’eau ou le sable dans la main, le sens fuit. Ce sont les traces de son existence qui sont matérialisées dans la phrase, dans le texte. Tout comme l’énergie ne s’objective que dans les formes que sont la matière, la chaleur et le mouvement d’un corps, le sens n’existe qu’en creux, comme l’ombre d’un dieu[1]. Or, pour beaucoup, à l’instar de l’ombre, c’est une gageure que de vouloir matéraliser le sens, opération sans laquelle on ne peut pourtant prétendre vouloir le manipuler. D’autre part, le DHM pose également une exigence méthodologique : celle de la formalisation. Les ordinateurs ne traitant que des signaux binaires, les programmes ne sont en dernière analyse que des combinaisons finies de ces signaux ; ils relèvent donc de cette partie des mathématiques qui traite des systèmes formels, lesquels permettent de concevoir des grammaires correspondant aux langages des programmes. Il en résulte qu’il nous faut encore en quelque sorte mettre un génie dans une boite, car il est nécessaire de représenter avec un matériel fini la fugacité du langage qui s’exprime dans la totale liberté que nous avons de fabriquer du sens. Malgré ces obstacles, diverses entreprises de formalisation ont vu le jour, notamment la théorie des sous-langages, la théorie des graphes conceptuels, la théorie de l’énonciation, élaborées respectivement par HARRIS, SOWA et CULIOLI, chacune s’attachant à la formalisation d’un comportement particulier du langage lorsqu’il s’agit d’en examiner la signification. Mais on ne s’étonnera pas dans ces conditions que nombre d’esprits de qualité pensent encore aujourd’hui que la production et le traitement global du sens qui se manifestent dans le langage naturel sont et resteront un phénomène proprement humain, qu’il n’est pas question d’imaginer déléguer aux machines, les plus téméraires d’entre-eux mettant en cause de vagues raisons de visibilité.
Il est pourtant deux esprits de très grande qualité qui, sans s’attaquer directement au problème du sens conçu comme un univers sémantique autonome parce que leurs préoccupations propres étaient autres, ont ouvert la voie en balisant la problématique qui se pose dans le cadre du DHM, d’une part en rattachant le langage à la connaissance, d’autre part en faisant intervenir le Sujet. Il s’agit de Noam CHOMSKY et de Jean PIAGET, qui ont débattu des théories du langage et de l’apprentissage au Centre de Royaumont en 1975. Pour CHOMSKY, la production de sens par le langage était liée à l’emploi par le sujet locuteur de structures grammaticales dont il fallait que l’on recherchât l’origine à l’intérieur du sujet lui-même. Selon lui, il faut partir du « présupposé que les différents universaux de type formel et de type substantiel sont des propriétés intrinsèques du système d’acquisition du langage, et que ceux-ci fournissent un schéma qui est appliqué aux données et qui détermine de façon fortement contraignante la forme générale ainsi que, partiellement, les traits substantiels de la grammaire susceptible d’émerger sur présentation de données pertinentes[2]. » Il résulte de ce point de vue que les abstractions pertinentes que constituent ces universaux ne sont pas des généralisations obtenues par un processus d’extension progressive et neutre, mais bel et bien constitutives de la structure interne d’un sujet universel que CHOMSKY appelle le « locuteur idéal ».
A l’opposé, PIAGET, qui a fondé l’épistémologie moderne centrée autour du sujet connaissant, adopte un point de vue non plus rationaliste au sens ontologique du terme, mais constructiviste. Ce psychologue ne s’est pas intéressé directement au langage, mais à la constitution des connaissances dont il a étudié la genèse principalement en observant le développement de l’enfant. Les conclusions auxquelles il aboutit sont radicalement opposées à celles de CHOMSKY : « Cinquante années d’expériences nous ont appris qu’il n’existe pas de connaissances résultant d’un simple enregistrement d’observations, sans une structuration due aux activités du sujet. Mais il n’existe pas non plus (chez l’homme) de structures cognitives a priori ou innées : seul le fonctionnement de l’intelligence est héréditaire et il n’engendre des structures que par une organisation d’actions successives exercées sur les objets. Il en résulte qu’une épistémologie conforme aux données de la psychogenèse ne saurait être ni empiriste ni préformiste, mais ne peut consister qu’en un constructivisme, avec l’élaboration continuelle d’opérations et de structures nouvelles[3] ».
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Le débat qui eut lieu au Centre de Royaumont, depuis, a fait couler beaucoup d’encre, et de la meilleure, et sans y revenir nous sommes cependant amenés à réexaminer ces deux points de vue à la lumière des développements récents en linguistique et sciences cognitives centrés autour du DHM. Il résulte d’abord de l’élaboration progressive des outils informatiques nécessaires à la mise en oeuvre de celui-ci que le langage n’est manipulable par une machine, nous l’avons vu, qu’à partir d’un calcul. On aurait donc tout intérêt à épouser le point de vue de CHOMSKY qui, à défaut de nous fournir les universaux dont il a déduit l’existence future, a l’avantage d’être un point de vue strictement rationaliste. Comme l’écrit PIATELLI-PALMARINI[4] dans son introduction à la publication des débats de Royaumont, « tout programme rationaliste, depuis LEIBNIZ, s’engage à chercher l’ensemble des règles formelles auxquelles l’univers des structures possibles doit être soumis ». Or c’est exactement de cet ensemble de règles formelles, pourvu qu’il s’agisse de celles qui régissent l’entièreté du langage naturel dans ses multiples aspects, qu’auraient besoin les constructeurs de DHM. C’est la démarche chomskyenne qu’a partiellement illustrée HARRIS qui, à partir de la mise en oeuvre de règles transformationnelles établies par celui-ci, a élaboré sa théorie des sous-langages qui définissent directement le contenu sémantique du langage. D’un autre côté, le point de vue de PIAGET est loin d’être inintéressant relativement à cette exigence de calcul. Car les « organisations successives d’actions sur les objets » qui engendrent les structures cognitives aboutissent à la construction de structures mathématiques : pour PIAGET, la logique, telle qu’elle s’est développée dans les cent dernières années, est « l ’axiomatisation des structures opératoires du sujet[5] ». Cependant, selon lui, ces structures ne sont pas acquises d’un seul tenant, mais construites progressivement dans les douze premières années du développement de l’enfant, grâce à un principe constamment mis en oeuvre dans toute l’organisation du vivant, qui est le principe d’autorégulation.
Si nous abstrayons alors la partie polémique du débat qui a consisté à vouloir à tout prix faire dépendre de présupposés ontologiques - rationalistes ou constructivistes - l’examen de ce qui aurait pu conduire à une fructueuse collaboration dans la recherche entre ces deux grands auteurs ou leurs émules, on s’aperçoit que l’on a tout intérêt à reprendre, en eu égard aux exigences incontournables de la mise en oeuvre du DHM, l’observation des interactions potentielles entre ces structures mathématiques et le langage naturel, sans se laisser arrêter par ce qui a semblé empêcher tant PIAGET que CHOMSKY d’effectuer cette démarche. Dans le colloque de Royaumont, PIAGET a exposé les rapports entretenus entre ce qu’il appelle des schèmes d’action et l’apprentissage du langage[6]. Ce qui y est remarquable, c’est qu’il a mis en oeuvre des concepts - des abstractions comme les schèmes, par exemple - construits pour montrer l’évolution des actions de l’enfant, sans observer que, déjà dans ces premières actions, existe nécessairement la mise en oeuvre de la structure mathématique de groupe. Eût-il fait cette observation qu’un pont était jeté vers la conception rationaliste de CHOMSKY. De son côté, celui-ci n’a eu aucune difficulté, au cours de la discussion qui a suivi, à établir que « dans tous les cas où l’on dispose d’un principe apparemment plausible concernant la nature de ce système [celui du langage], ce principe ne présente aucune relation démontrable avec les constructions de l’intelligence sensori-motrice[7] ». Le principe en question, il l’a présenté quelques lignes plus haut : « Pourquoi la syntaxe, ou les zones d’interaction de la syntaxe et de la sémantique que nous discutons sont-elles plus intéressantes ? Ce plus grand intérêt tient au fait que dans ces domaines, on a des résultats, que des principes ont été proposés et que, naturellement, le sujet devient intellectuellement plus intéressant dans la mesure où l’on note des résultats. Il existe d’autres domaines de la sémantique pour lesquels nous souhaiterions posséder des résultats, nous aimerions avoir des principes sur la nature des concepts du langage, mais malheureusement de tels résultats font défaut, si ce n’est au niveau le plus superficiel. C’est pour cette raison et pour cette raison seule que de nombreux domaines de la sémantique ne présentent pas grand intérêt pour moi relativement à cette discussion[8] ». Eût-il été moins catégorique que CHOMSKY eût pu s’apercevoir que PIAGET lui offrait précisément le moyen de dégager quelques uns des principes sur la nature des concepts du langage dont il regrette l’inexistence, et ceci en parfaite harmonie avec ses propres présupposés ontologiques, à savoir une procédure rationaliste, qui l’ont amené à postuler l’existence d’un organe du langage.
Nul ne tiendra rigueur à ces deux grands esprits de n’avoir su surmonter leur désaccord, d’autant qu’à l’époque de leur rencontre, en 1975, le DHM n’existait pas encore en tant qu’acteur, et qu’il n’était pas facile de tester d’éventuels principes de la sémantique afin, comme le dit CHOMSKY, de produire des résultats. Il reste que c’est donc autour de la logique et des structures que celle-ci a élaborées qu’il va falloir maintenant mener nos investigations, afin de déterminer quelles structures et quelle articulation de celles-ci peuvent constituer les structures opératoires sous-jacentes au langage et à la cognition. Cet examen devra tenir compte des apports que les théories des sous-langages, des graphes conceptuels, de la linguistique formelle, au moins sur le plan des principes, ont pu constituer en tant qu’analyses de certains aspects du langage naturel. Mais aussi force nous est de constater que la logique des prédicats du premier ordre n’est pas un instrument intéressant pour représenter le langage naturel, du moins en l’état actuel des recherches. Ce dernier fait nous invite alors à être très vigilants, lors de l’articulation de ces structures entre elles, à garder une compatibilité absolue avec les principes mêmes de la logique, c’est-à-dire les concepts élaborés par les logiciens, qui sont les garants de la validité de sa démarche. On aura notamment à résoudre le délicat problème de l’introduction du sujet dans un système formel, jusqu’ici rejetée par les logiciens en raison de l’incompatibilité du sujet et de la nature des objets qu’il manipule.
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Notre point de départ sera donc historique : pourquoi la logique des prédicats du premier ordre est-elle insuffisante en tant qu’outil de représentation du langage naturel ? La logique des prédicats du premier ordre est une partie de la logique qui permet le calcul de la vérité des propositions en alliant le calcul intra-propositionnel au calcul inter-propositionnel que réalise la logique des propositions. C’est cette double fonction qui a fait penser qu’elle pouvait constituer un instrument intéressant de formalisation du langage naturel, du moins de la partie strictement logique de celui-ci, dans la perspective de traitement par le DHM. Tout comme la logique des propositions, elle manipule des propositions. Or, qu’est ce que la proposition des logiciens ? Celle ci est constituée à partir des deux concepts que sont le prédicat et la fonction propositionnelle. Le prédicat des logiciens est cela même en quoi les objets sont réunis en classes : « Être heureux, « être plus grand que », « être situé entre » sont des prédicats en ce sens que chacun détermine une classe : celle des gens heureux, celle des couples dont le premier terme est plus petit que le second, celle des triples dont le premier est situé entre les deux autres. Reprenant une terminologie bien établie, nous dirons que la classe est l’extension du prédicat qui la détermine[9] ». Un prédicat n’est ni vrai ni faux. Par contre, une expression comme « x est heureux », dès que l’on précise quel individu ‘x’ représente, devient une proposition vraie ou fausse suivant que l’individu en question fait partie de l’extension du prédicat ou non. Ce sont ces propositions contenant des lettres ‘x’, ‘y’, ‘z’ que l’on appelle des fonctions propositionnelles. Si l’on accepte ces définitions inductives, alors le traitement des propositions du langage naturel par la logique des prédicats du premier ordre requiert un aménagement : une proposition du langage naturel comme « Tous les candidats sont reçus » sera donc représentée de la manière suivante :
(" x) (ax É bx)
soit : « Pour tout x, si x est un candidat, alors x est reçu[10] ».
Il est alors évident que par ce traitement nécessaire, toute une série d’aspects de l ’énonciation sont soit abstraits, soit ajoutés à celle-ci. Certes, si je dis que tous les candidats sont reçus, cela signifie que si x est candidat, alors x est reçu, mais cette seconde formulation, précisément je ne l’ai pas dite : je n’ai pas introduit d’hypothèse dans mon énonciation. L’étude des relations littérales, qui est nécessaire au processus global de compréhension, est alors faussée. Il en résulte donc que l’objet proposition que manipulent les logiciens convient peut-être parfaitement aux mathématiciens dont le discours ne vise qu’à caractériser des relations entre objets abstraits, mais qu’il n’est par contre pas adapté au langage naturel. Il nous faut donc examiner plus en profondeur ce qui constitue la Logique, afin de voir si, dans une démarche inverse, on peut aménager celle-ci.
La logique formelle repose sur l’utilisation d’instruments très particuliers que l’on appelle des systèmes formels. Ceux-ci sont en quelque sorte des machines parfaites, comme nous le montre la présentation intuitive qu’en fait LADRIERE[11] : « Un système formel est une entité idéale qui engendre, selon des procédures canoniques, à partir de certains objets posés comme « valables », d’autres objets qui seront également reconnus comme « valables ». On encore, « c’est une entité idéale qui fait apparaître (sous forme de « théorèmes ») toutes les conséquences qui découlent selon des critères déterminés (les « règles » du système) d’un certain corps de propositions (les « axiomes » du système) ». Or, une des propriétés de ces systèmes formels est qu’ils sont indépendants des objets qu’ils manipulent : « Les objets qui font partie d’un système formel sont en général représentés au moyen de symboles appropriés, mais le système doit être considéré comme distinct de ses représentations. D’autre part, les expressions qui figurent dans un système formel n’ont d’autre sens que celui qui résulte des possibilités opératoires stipulées dans les règles de maniement du système. Bien entendu, un système formel peut toujours être mis en correspondance avec un certain corps d’énoncés pour lequel on dispose de procédures permettant d’attribuer à chaque énoncé soit la qualité « vraie », soit la qualité « faux[12] ». » Il résulte de cette propriété qu’il nous est parfaitement loisible de remplacer dans la logique des propositions la proposition des logiciens par un autre objet, qui serait la proposition des linguistes, constituée de telle sorte qu’elle puisse correspondre exactement à une énonciation structurée du langage naturel, nous réservant ainsi la possibilité de constituer notre propre calcul intra-propositionnel.
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Nous sommes donc amenés à construire ce que nous appellerons le système logico-conceptuel, qui sera essentiellement constitué de définitions inductives. D’une part un sous-ensemble de celles-ci caractériseront les termes du système, qui sont en quelque sorte les produits initiaux considérés comme valides, à partir desquels un second sous-ensemble de définitions inductives caractériseront les expressions bien formées (ebf), dont la fonction est de définir les objets complexes qui seront manipulés par le système formel de la logique des propositions. Si cette manière d’agir est strictement rationaliste au sens ontologique du terme, et donc chomskyenne dans son principe, elle est en parenté étroite avec la pensée de PIAGET. En effet, si nous admettons la parfaite compétence de celui-ci en tant que psychologue qui abstrait, de l’observation des opérations sensori-motrices, des concepts comme les schèmes d’assimilation, une fonction symbolique ou sémiotique, en tant que linguistes nous ne sommes pas obligés de - nous ne devons pas - suivre la logique du psychologue qui cherche à déterminer des concepts pertinents en vue de comprendre le système d’autorégulation qui régit le développement des fonctions supérieures de l’être humain. Par contre ces observations du psychologue sont précieuses pour nous aider à établir nos propres instruments pertinents en vue de comprendre la structure des concepts tels que le langage les manipule. En d’autres termes, la relation entre schèmes d’assimilation et fonction symbolique et sémiotique nous intéresse à titre documentaire, mais le fait que les opérations du sujet le conduisent à des généralisations qui lui permettent de repérer des régularités nous conduit droit à la structure mathématique de groupe, caractérisée par deux propriétés essentielles : chaque groupe est caractérisé par ses invariants, et sa construction repose sur des opérations. Nous avons là la structure parfaite qui nous permet de générer des concepts, en accord avec l’aspect sensori-moteur des observations de PIAGET.
Les expressions bien formées seront alors constituées à partir du matériel conceptuel représenté par des groupes mathématiques simples ou complexes, dont nous verrons en détail comment ils peuvent rendre compte des concepts courants en linguistique et plus précisément en sémantique, dont on retrouve les traces dans la syntaxe, tels que l’action, l’objet, l’actant, etc.. Mais étant donnée la structure particulière de la logique des propositions d’une part, qui est munie de la structure mathématique de treillis, et que d’autre part, comme l’a aperçu SOWA, les concepts du langage naturel, indépendamment de leur intégration dans les objets complexes que sont les propositions, sont eux mêmes structurés en treillis, nous serons amenés à voir que c’est cette structure mathématique qui constitue les expressions bien formées (ebf) du langage naturel. Du reste, et c’est un gage de la cohérence de notre démarche, la théorie mathématique des groupes montre que les sous-groupes relatifs à un groupe donné sont eux-mêmes structurés en treillis : la théorie et l’expérience se rejoignent donc sur ce point précis. Nos ebf seront alors constituées non plus du seul treillis mettant en oeuvre la relation É qui régit la logique des propositions, mais également de celui mettant en oeuvre la relation £, en langage naturel « est un », qui permet de construire les propositions particulières que sont les définitions. Dans tous les cas, les treillis définissent les propositions valides.
Au terme de cette étude, nous aurons effectué le constat suivant : nous pouvons modifier le système formel de la logique des propositions de manière à ce qu’il puisse traiter la partie conceptuelle des propositions du langage naturel mais :
· le sujet locuteur est toujours un utilisateur du système formel : pour calculer ses réponses, il nous faut pourtant, d’une certaine manière, également calculer le sujet.
· le système formel de la logique des propositions ne traite qu’un aspect du langage naturel, qu’une valeur attribuable à la proposition, qui est la vérité de ce qui est dit ou écrit. Ce que l’on nomme couramment les modalités n’est pas traité par le système, à savoir par exemple la possibilité ou la nécessité, non plus que les aspects particuliers de la relation logique spécifiques au langage naturel tels que la cause, la conséquence, le but, l’opposition, sans parler de modalités plus complexes telles que l’autorisation, de droit, le souhait etc.. Cette multiplicité des valeurs peut-elle être prise en compte par ce système modifié, ou faut-il, suivant la démarche entreprise par les logiciens, avoir recours à des systèmes séparés, tels que les logiques modales, pour rendre compte des ces comportements du langage naturel ?
· enfin peut-on songer à représenter à partir de ce système un des aspects fonctionnels les plus importants du langage naturel qui est l’abstraction ?
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La solution à ces différents problèmes dépend de la manière dont nous allons introduire le sujet dans le système formel. Résoudre le problème de cette introduction, c’est rendre compatible d’une part le caractère fini des opérations effectuées dans le système formel, et d’autre part le caractère infini du potentiel opératoire du sujet. Pour pouvoir, comme LADRIERE nous l’a exposé, reconnaître comme « valable » tel objet, il faut bien d’une part que le calcul soit effectué en un nombre fini d’opérations : le rejet à l’infini reporterait indéfiniment la détermination de cette valeur. Cette propriété du système formel, les logiciens l’appellent la décidabilité. D’autre part, afin que l’on soit certain de cette valeur finale, il faut également que l’on contrôle pas-à-pas les opérations de transfert de valeur : c’est ce que les logiciens appellent l’effectivité. Il nous faut donc modifier notre système sans nuire à ces propriétés, faute de quoi on perdrait les avantages liés à la formalisation, et donc on ne pourrait plus calculer, tout en sachant que le système doit pouvoir représenter et traiter l’infinité des énonciations que peut produire le sujet. Nous construirons donc à cet effet un système non classique, où la vérité des prémisses d’un raisonnement et de la médiane seront établies dans des sous-systèmes respectivement distincts, qui fonctionneront eux-mêmes dans les mêmes conditions, etc.. L’infinité des opérations potentielles du sujet est, grâce à cette architecture, représentable dans le système. Cependant, les logiciens ne considèrent pas un système de ce type comme un système formel à part entière : la décidabilité, rejetée à l’infini des systèmes successifs, n’y est pas respectée. C’est alors qu’intervient une nouvelle fois la structure de groupe que nous avons conférée à nos concepts, qui, représentant aussi bien les concepts que les percepts, permet d’assigner à une proposition une valeur de vérité aussi bien par déduction que par expérience. Les raisonnements construits en langage naturel sont alors bornés soit par ce recours à l’expérience, soit par une connaissance elle même bornée dans les mêmes conditions. Ce système formel inclut par conséquent la propriété de décidabilité si l’on admet le recours à l’expérience comme procédure valable de détermination de la valeur de vérité, ce qui correspond bien à l’exercice du langage tel que nous le pratiquons.
Cette articulation des raisonnements et de la connaissance, telle que la met en pratique le sujet locuteur, pour être intéressante suppose encore que l’on puisse représenter les aspects autres que la relation conditionnelle, qui interviennent également dans nos énonciations, ce qui exige de comprendre pourquoi nous aspectons ou modalisons la réalité. Dans un tel système formel, qui traite et produit des ebf qui mettent en oeuvre le seul opérateur É, il est possible de représenter uniquement à l’aide de cet opérateur chacune des seize opérations logiques que traite la logique des propositions. On pourra donc représenter par exemple directement la relation conditionnelle « si..., alors », les relations « et » et « ou », que celui-ci soit inclusif ou exclusif. On pourra aussi utiliser les théorèmes de cette logique qui représentent en quelque sorte des « lois de la pensée » que nous utilisons couramment dans notre discours. Mais surtout, cet ensemble de matériel logique permet de construire des chaînes de propositions aussi grandes que l’on veut, qui s’imbriquent suivant les opérations logiques qui y apparaissent, et qui constituent alors des ordres totaux ou partiels de propositions toutes ordonnées par l’opérateur É. Et de même qu’il nous est impossible de saisir un schéma électrique complexe d’un seul tenant, de même il nous est impossible de saisir et verbaliser ces ordres à l’aide de la seule conditionnelle d’une manière intelligible. Nous verbalisons alors dans nos énonciations des parties de ces ordres, et, pour en traduire la relation au tout, nous utilisons les liens causaux, consécutifs, finaux etc., qui ne sont que des aspects simples ou complexes de la relation conditionnelle. Quant aux modalités, elles sont alors constituées d’opérations logiques et/ou d’aspects portant sur des ordres simples, que mettent en oeuvre des sous-systèmes tels que notre introduction du sujet nous a amené à les concevoir : la vérité reste la seule valeur caractéristique de l’événement, tandis que les aspects et modalités sont des valeurs caractéristiques de sa représentation par le sujet.
Au terme de ces investigations, nous avons donc construit un système qui semble susceptible de résoudre les principales difficultés jusqu’ici rencontrées pour comprendre, représenter et éventuellement traiter adéquatement l’interdépendance entre la logique qui constitue l’ossature de notre discours quotidien d’une part, et les multiples manières que nous avons de manipuler le vrai, le considérant comme possible, ou nécessaire, souhaitable, permis, cause ou conséquence d’une autre réalité etc. d’autre part. Nous l’avons fait en accord avec les exigences fondamentales exprimées par les logiciens, lesquelles garantissent la fiabilité des instruments. Il ressort de cette démarche qu’il devient alors intéressant de faire fonctionner l’ensemble des comportements du langage naturel dans un système intégré de représentation du langage et des connaissances, en vue de leur traitement automatique, si l’on ne veut pas se contenter d’avoir recours à un langage limité dans ses énonciations, difficile à manipuler s’il n’existe pas une relation continue et cohérente, en un mot structurelle, entre celui-ci et les connaissances qu’il traite, tant dans la requête, dans la manipulation des connaissances et de l’expérience, que dans la délivrance des informations. Du reste, l’analyse rapide de n’importe quel dialogue parlé nous montre combien il est fréquent que les structures cognitives n’y soient pas fermées, tantôt abandonnées au profit d’autre chose, tantôt reprises, et que pour gérer ces incomplétudes et discontinuités, il faut bien poser l’hypothèse qu’existe une idée ordonnée de ce que le locuteur veut transmettre, qui puisse être induite, grâce à ces principes de continuité et de cohérence, de son discours réel. D’un point de vue rationaliste, nous sommes en accord avec la pensée profonde de CHOMSKY, puisque ces structures ainsi organisées constituent non pas l’organe du langage auquel il pensait, mais en quelque sorte, dans le domaine sémantique, sa représentation mathématique. Du point de vue constructiviste de PIAGET, nous avons simplement décalé sa perspective : la reconstruction des structures opératoires a bien lieu telle qu’il l’a décrite, dans la conscience de l ’enfant qui se développe, mais l’organisation du vivant en l’homme - et pourquoi pas, d’une manière semblable mais inachevée dans le reste du règne animal ? - met déjà en oeuvre dans la construction même de l’organisation cérébrale ces structures de groupe et de treillis, notamment dans la constitution progressive de la fonction du langage.
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Notre propos n’a donc pas consisté à créer des concepts nouveaux : les groupes qui représentent les concepts ont beaucoup à voir avec les schèmes d’assimilation de PIAGET, le treillis des concepts était connu de SOWA, l’organisation en ordres des propositions a été décrite par DUCROT. Il a été simplement de répondre avec un souci constant de rigueur intellectuelle à l’exigence de cohérence que requiert la synthèse de ces multiples aspects du langage qui ont été dégagés jusqu’ici. Cette cohérence devait également s’étendre au domaine des instruments construits par les logiciens, qui nous sont plus que précieux eu égard à l’importance de la logique dans le langage naturel, ainsi qu’au domaine des mathématiques que nous avons eu à aborder avec les structures de treillis et de groupe. Il reste maintenant, bien sûr, après en avoir entrepris la construction théorique, à soumettre ce système à l’expérimentation : la valeur de tout système théorique n’est définitivement établie qu’à partir de l’expérience, et ceci nous amène, dans une partie plus pratique, à traiter de la représentation effective des concepts.
Or, tout comme le signifié ressemblait initialement à une surface infiniment lisse et transparente derrière les structures visibles qu’avait analysées la linguistique traditionnelle, la représentation des concepts manifeste une instabilité que les infinies possibilités qu’ouvre l’architecture du système que nous avons construit traduisent évidemment avec fidélité. Si HARRIS parvient bien avec la méthode qu’il emploie à circonscrire le sens d’un concept dans un ensemble de discours donné, la technologie des graphes conceptuels de SOWA illustre par contre le développement quasi infini de la représentation du concept. Ce paradoxe n’est qu’un trompe l’oeil : pour HARRIS, le langage est alors l’ensemble des sous-langages que sa méthode permet de construire, cet ensemble étant isomorphe à l’ensemble des discours que l’on considère, et pour les utilisateurs des graphes conceptuels, ceux-ci ne fonctionnent bien que dans un domaine spécialisé du langage, le langage étant alors constitué de l’ensemble des domaines, à définir et à interconnecter. Ces deux systèmes de formalisation semblent donc illustrer que la représentation et le calcul ne sont possibles qu’à l’intérieur d’un champ limité de l’emploi du langage, faute de quoi on s’expose au phénomène bien connu de l’explosion combinatoire qui est évidemment rédhibitoire. Pour réduire et dépasser ce problème, il nous faut une fois de plus avoir recours au sujet, en introduisant la notion de sujet virtuel.
Dans un état des lieux initial, nous tâcherons de définir quelles sont les difficultés principales que nous allons rencontrer dans notre entreprise de représentation : d’une part, la structure paradoxale du concept dont nous venons de faire état ; d’autre part, la nécessité de prendre en compte, pour expliciter la variabilité du concept, la situation ou le contexte de l’énonciation ; ensuite ce mode de fonctionnement très particulier du langage naturel qu’est sa capacité à l’abstraction, dont la situation de langage est déjà un produit par rapport à la réalité qui nous entoure ; enfin l’intervention conjointe de ces différents objets et phénomènes à l’intérieur de la connaissance, dont les objets complexes qu’elle manipule sont en quelque sorte la synthèse produite par la pensée elle-même. C’est pourquoi nous serons amenés à voir que ces structures mathématiques que nous avons étudiées, jusqu’ici cohérentes lorsqu’elles rendaient compte de la formation des concepts, des relations qu’ils entretiennent entre eux et avec la logique, que le sujet manipulait en les organisant dans un système formel non classique où il verbalisait des rapports partiels de systèmes, vont être utilisées à l’édification de l’objet cognitif, structure générale permettant la navigation et donc le calcul au sein d’objets plus vastes mais de même type, qui constituent des connaissances, l’ensemble des opérations étant alors caractéristiques du sujet virtuel qui les met en oeuvre.
Cette construction de la représentation se fera donc par étapes. En premier lieu, après avoir défini les instruments que nous allons utiliser, ordres, opérations, aspects, systèmes, nous nous attacherons à l’étude de la représention des concepts les plus simples du point de vue de la structure, ceux que nous appelleront précisément les concepts structurels parce qu’ils sont directement construits dans la manipulation initiale par le sujet des ordres partiels issus de la logique. Ce seront donc d’une part les concepts représentant les aspects, « hypothèse », « cause » etc., et d’autre part deux concepts quasi structurels, la « possibilité » et le concepts « avoir » au sens de « disposer de », parce qu’ils interviendront très fréquemment dans les représentations ultérieures, que nous seront amenés à construire.
Dans une seconde étape, nous observerons comment, à partir de la notion de relation qui s’abstrait de la représentation du concept d’ensemble que nous aurons rencontré dans la première partie (S.1, Ch.II, Typologie des concepts et concepts remarquables), le sujet peut construire des ensembles finis quelconques, et en quoi cette constitution d’ensembles de ce type introduit à la représentation des objets. Nous aborderons alors le cas concret de la constitution de l’objet « étoile » dont nous aurons abondamment parlé dans nos réflexions sur le groupe, et verrons quel matériel linguistique et cognitif est mis en oeuvre dans cette élaboration de l’objet : sur le plan strictement cognitif, d’une part des ensembles finis, d’autre part des ordres logiques. Cette représentation de l’objet générique confère alors à l’Univers observable que nous représentons avec du langage une structure de treillis, distincte de ceux que nous avons rencontrés, dont la relation d’ordre partiel est l’inclusion, caractéristique de la logique des classes[13]. La réintroduction de cette logique au niveau de la connaissance permet alors de comprendre ce qu’est le signe : une relation biunivoque entre le treillis des objets des Univers - réel et imaginaires -, constitués par le sujet, et celui des concepts qui les représentent.
Enfin, une grande partie du stock des concepts disponibles pour l’esprit sont des actions. Nous réétudierons donc l’action, considérée initialement comme un concept complexe par opposition au concept simple (c’est-à-dire constitué d’un seul groupe et représenté par un signifiant unique), ainsi que ses constituants, et constaterons que celle-ci est un objet particulier, constructible suivant la structure de l’objet générique. Au terme de cette étude, la liaison sera donc effectuée entre d’une part l’objet complexe, représentation d’une manifestation du monde extérieur, qui constitue alors une connaissance, et d’autre part la représentation de l’action qui en permet la manipulation : nous disposerons en effet pour la représentation et de l’un et de l’autre d’une structure unique, celle de l’objet cognitif, et aurons constaté que le sujet manipule les connaissances en transitant d’un objet à l’autre, transition qu’il réalise en construisant, réellement ou virtuellement, des objets intermédiaires, contenant ainsi l’explosion combinatoire.
Nous pourrons alors, dans le chapitre terminal, aborder le calcul des opérations permettant d’analyser des séquences de langage telles que des questions en langage naturel, et de construire les réponses adéquates en fonction des structures cognitives disponibles pour le sujet. Ce calcul ne sera pas déployé à partir d’objets cognitifs complexes, ce qui requerrait que les opérations effectuées par le sujet virtuel à l’aide des divers instruments qui ont été élaborés, qui pour une part sont partie intégrante du système formel que nous avons esquissé, pour une autre part sont des constructions particulières que celui-ci autorise, telles que l’objet cognitif, que ces opérations donc soient structurées, cette structuration étant alors constitutive du sujet lui-même. Car c’est là une entreprise autrement vaste que celle, bien plus modeste, que cette étude entend traiter, et qui suppose nombre de réglages pratiques, que la théorie ne peut encore prendre en compte. Néanmoins, il nous sera loisible, à partir d’objets cognitifs simples tels que les concepts d’action, qui sont en quelque sorte des connaissances courantes simples préconstruites dont dispose en permanence le sujet, d’examiner comment celui-ci d’une part explique, c’est-à-dire développe un calcul aboutissant à la compréhension d’une séquence très simple de langage telle qu’une proposition complexe p É q, d’autre part abstrait, c’est‑à‑dire élabore à partir de la même proposition complexe p É q une proposition simple m, ces mécanismes de base étant à l’origine de tout calcul complexe.
Nous disposerons donc, au terme de cette étude, d’une technologie linguistique cohérente pouvant servir de base à une technologie informatique qui mettra en oeuvre, progressivement, le sujet virtuel.
[1] Les philosophes avaient inventé, pour tenter d’en rendre compte, le concept de métalangage. Celui-ci, qui bien sûr est fait de langage ordinaire, est surtout le signe caractéristique de leur enfermement : cet outil ne permet pas de sortir du cercle du langage.
[2] CHOMSKY N., « Aspects of the theory of syntax », Cambridge (Mass.), MIT Press, 1965, p.53 (trad. fr : « Aspects de la théorie syntaxique », Le Seuil, Paris, 1971).
[3] PIAGET J., ‘la psychogenèse des connaissances et sa signification épistémologique’, « Théories du langage, théories de l’apprentissage », Le seuil, Paris, 1979, p. 53.
[4] PIATELLI-PALMARINI M., ‘A propos des programmes scientifiques et de leur noyau central’, « Théories du langage, théories de l’apprentissage », Le seuil, Paris, 1979, p. 38.
[5] PIAGET J., ‘La logique en tant qu’axiomatisation des structures opératoires du sujet’, « Logique et connaissance scientifique », Encyclopédie de La Pléiade, Gallimard, Paris, 1967, p. 382. Voir annexe 1.
[6] PIAGET J., ‘Schèmes d’action et apprentissage du langage’, « Théories du langage, théories de l’apprentissage », Le seuil, Paris, 1979, p. 247.
[7] CHOMSKY N., ‘Schèmes d’action et apprentissage du langage’, Discussion, « Théories du langage, théories de l’apprentissage », Le seuil, Paris, 1979, p. 254.
[8] CHOMSKY N., ‘Schèmes d’action et apprentissage du langage’, Discussion, « Théories du langage, théories de l’apprentissage », Le seuil, Paris, 1979, p. 253.
[9] GRIZE J.B., LOGIQUE, « Logique et connaissance scientifique », encyclopédie de la Pléiade, Gallimard, PARIS, 1967, p. 148.
[10] GRIZE J.B., opus cit., p. 213
[11] LADRIERE J., ‘Les limites de la formalisation’, « Logique et connaissance scientifique », Encyclopédie de La Pléiade, Gallimard, Paris, 1967, p. 312.
[12]LADRIERE J., opus cit., p. 313.
[13] « Les concepts de la physique moderne apparaissent ainsi, selon une hiérarchie de structures emboitées successivement, d’après les niveaux successifs qui les définissent. Il est bien clair que cette hiérarchie n’a aucun rapport avec celle des concepts de la logique classique, selon l’extension et la compréhension ; la relation de l’atome à l’électron, qui est un des éléments qui le constitue, n’a aucun rapport à celle d’un genre avec l’une des espèces constituantes ; hiérarchie de généralité et hiérarchie de structure s’opposent radicalement. Ce point évident est très souvent méconnu, même par des esprits très distingués, mais conditionnés à la conceptualisation classique. L’exemple courant est fourni par la chimie, et particulièrement les relations des atomes aux molécules ; on s’étonne de voir apparaître dans celle-ci des propriétés qui ne se trouvent pas dans les atomes constituants. C’est oublier que ces propriétés sont caractéristiques de la molécule ; elles ne résultent pas de la juxtaposition de celle des éléments, mais des types d’interaction nouveaux avec le monde extérieur que fait apparaître l’architecture de ces éléments ». ULLMO J., LES CONCEPTS PHYSIQUES, « Logique et connaissance scientifique », encyclopédie de la Pléiade, Gallimard, PARIS, 1967, p. 676.