L'intervention du sujet dans la formalisation :

Conclusion

 

Le sujet, dans son intervention au niveau de l’organisation formelle sous-jacente au langage naturel, se révèle donc en fin de compte non pas seulement un classique utilisateur du système, mais un élément structurant qui appartient au système ou, si l’on préfère, qui transforme le système avant de l’utiliser. Ces transformations sont la conséquence des opérations de déduction qu’effectue le sujet. On peut considérer le théorème de déduction comme une sorte d’explicitation de la règle du modus ponens, mais on peut également dire que la mise en œuvre de ce métathéorème par le sujet constitue une application du système sur lui-même que lui seul peut réaliser. Cependant, comme l’établissement de la preuve utilise la règle, cette explicitation, et donc cette application sont récursives à l’infini. Il en résulte alors parallèlement la possibilité, pour le sujet, de construire une infinité de déductions. Dans cet infini potentiel des opérations, la réalité assigne une série de points d’arrêt, que le sujet peut prendre en compte grâce à la structure de groupe abstrait des propositions, qui ainsi finitisent le calcul du sujet, et le rendent compatible avec les prescriptions de la pensée formelle.

D’autre part, les combinaisons opératoires de la logique des propositions s’intègrent à la construction des chaînes de déductions, et le résultat de cette activité du sujet est un ensemble de structures nouvelles, les ordres partiels. Le montage de ces structures par constitution et assemblage de sous-ensembles exige alors du sujet la réalisation d’un outillage spécial permettant d’exprimer différents états de connaissance des éléments qu’il manipule. Pour travailler à la construction ou à l’explicitation progressive d’ordres existants (dont les propositions constitutives sont connues), le sujet utilise les aspects causal et consécutif. Pour travailler à la construction ou à l’explicitation progressive d’ordres potentiellement existants (dont les propositions constitutives ne sont pas connues), il utilise les aspects hypothétique et final. Le tableau suivant, qui rassemble les valeurs caractéristiques des variables pour chaque aspect, le montre (les valeurs entre parenthèses de p et q sont celles de la réalité, soit qui sont décalées par rapport à l’aspect qu’exprime le sujet lorsqu’il ignore ou considère ignorer ces valeurs, soit qui peuvent l’être lorsqu’il les connaît effectivement) :

 

 

sens de  p ¾  q

valeur de p É  q

valeur de p

valeur de q

Hypothèse

®

1

?, (0,1)

?, (0,1)

But

¬

1

?, (0,1)

?, (0,1)

Cause

¬

1

1, (0,?)

1, (0,?)

Conséquence

®

1

1, (0,?)

1, (0,?)

Concession

®

0

1 ou 0

0 ou 1

 

D’un autre point de vue, on peut considérer que cette décomposition des structures en sous-ensembles génère - ou traduit - l’intervention du temps dans leur construction par le sujet. Que c’est encore le temps qui réglemente la répartition du connu et de l’inconnu puisqu’en avançant dans le temps, on avance dans la construction et donc dans la connaissance. A l’instar de l’espace-temps einsteinien on peut alors concevoir une connaissance-temps qui est en quelque sorte de double représentatif du premier.

 

On peut alors commencer à concevoir ce que peut être une formalisation du sujet. Lorsque l’on s’intéresse à ses actes, comme dans les théories qui prennent pour point de départ son comportement, tel le behaviorisme, ou l’organisation de son inconscient, telle la psychanalyse, on modélise un aspect du sujet en construisant des systèmes de représentation dont les critères formels sont plus ou moins élaborés. Dans notre démarche vis-à-vis du langage, nous nous sommes refusé à appliquer une telle méthode. En effet, la modélisation ne parvient jamais à rendre compte que d’une partie du sujet, puisque celui-ci peut toujours adopter un comportement déviant par rapport au modèle, dans la mesure où il est le détenteur - et le seul, à notre connaissance - de l’infinité des possibilités. Si l’on a peu de chances, dans le monde réel, d’échapper aux conséquences comportementales spécifiques que peut générer une résolution non satisfaisante du complexe d’Œdipe, dans l’univers du langage cet aspect structurel de la modélisation est, dans l’entreprise de formalisation, rédhibitoire. Car le langage est par nature le lieu de construction par le sujet de tous les possibles, qu’ils rendent compte de la réalité ou qu’ils investissent n’importe quel espace imaginaire, et on se condamne alors, en modélisant, à ne jamais parvenir à rendre compte que d’un sous-ensemble précis des énonciations possibles. Il était donc nécessaire de tenter de construire un système formel susceptible de prendre en compte la représentation de l’infinité réglementée des énonciations possibles, dans lequel le sujet intervienne effectivement lorsqu’il le met en œuvre. Il en découle alors que soit élaboré un sujet virtuel susceptible de le faire. Nous avons vu, dans une première partie, que les structures de groupe et de treillis booléen permettaient de définir les termes et ebf d’un système caractéristique du langage du sujet dans sa dimension conceptuelle, constituant ainsi l’élément caractéristique initial de celui-ci. Dans cette seconde partie nous avons vu, en partant des manipulations caractéristiques du langage du sujet, que celui-ci intervenait sur les produits du système en les considérant successivement et partiellement, toujours en accord avec les structures fondamentales précédemment décrites. Nous n’expliquons certes pas pourquoi il agit ainsi, mais nous continuons à caractériser de cette manière l’interférence du sujet avec le système initial, et à découvrir, pas à pas, ce qui le caractérise en propre. Dans une troisième partie nous continuerons en quelque sorte à décrire les spécificités du sujet dans la mise en œuvre du système, en abordant la représentation des concepts, qui, idéalement, vise à construire un jour une représentation satisfaisante du sujet.