Cela peut être toi ou moi ou alors quelqu'un d'autre 
Ce qui met en émoi ne sont pourtant que quelques mots 
Échangés entre toi et moi loin de tous les apôtres 
L'amour se fait sans foi ni loi et se consume tantôt 
La chair se consomme parfois brûlant le chant des autres
Car entre toi et moi si pauvres il n'y a que les mots 
Et gronde un inouï fracas qui nous tourne le dos 
Des pages blanches de la vie qui reçoivent des autres 
Les maux d'un infini trépas qui nous délivre des nôtres 
D'un monde noirci par l'encre pleine de leurs stylos 
Qui tue l'infime souci de la lumière vaine du tableau 
Où l'image en catimini se traîne à l'ombre des mots 
Enchaînée par l'ultime oubli où l'inconscient se vautre.

Henriette, , fr.lettres.écriture, 28/03/2000

 

J’aime les mots comme on aime une eau fraîche, pure, pétillante, qui apaise d’un seul trait les gorges altérées. Froids, limpides, profonds comme des lacs d’altitude, transparents, rapides, légers comme l’air des cimes, les mots sont le miroir de l’esprit. Ils sont capables de nous transporter en toute intégrité vers des régions extrêmes, là où les psychotropes nous endorment, là où les névroses nous enivrent, là où les psychoses nous transgressent, là où le délire nous abolit. Ils nous mènent vers le Beau, l’Idéal, ces deux cryogéniques bijoux de la face sublimée du Miroir. Mais au-delà des formes du monde visible, palpable, savoureux, difficile, par un juste retour des choses, la scintillante mécanique verbale incruste, en filigrane, la silhouette énigmatique, inévitable, indélébile, inextricable, paroxystique, inexorable, et ironique d'un infréquentable bâtard que l’on appelle MOI. Et dans sa transparence, derrière les barres abstraites de ses lattices, s'ouvre un espace indistinct, aux contours imprécis, implacable profondeur nocturne qui nous absorbe et nous réfute, erreur infinie, négation absolue, d'où remontent sans bruit, comme d'une chambre à bulles, ces mots qui nous meuvent, et qu'on crie.


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